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Livres / Fiction

Thomas l’imposteur

Un « remède contre le modernisme »

Premières pages de l’édition originale de 1923, aux éditions de la N.R.F. Couverture, frontispice et première page de l’édition illustrée de 1927. Début de l’histoire dans l’édition de 1956 au Club du meilleur livre. Son : préface parlée de Cocteau à l’adaptation radiophonique du livre par Jean-Jacques Kihm, France 3 national, 23 avril 1961.

Radiguet est l’exemple que Cocteau veut suivre quand il se lance dans la rédaction du Grand Écart, amorcé en juillet 1922, puis de Thomas l’imposteur, écrit dans la foulée en octobre 1922. Les deux écrivains passent quelques mois ensemble au Lavandou. Radiguet termine là-bas Le Diable au corps et commence Le Bal du comte d’Orgel.
Pour Cocteau, il s’agit d’élargir l’éventail des genres pratiqués jusqu’alors, en abordant le roman, mais aussi d’assumer une « règle du jeu » de la démarche classique, énoncée par Radiguet dans son article sur Parade (Le Gaulois, 25 décembre 1920) : « Tout artiste qui compte, étant forcément original, un effet constant de banalité sera pour lui la meilleure discipline. » Dans La Règle du jeu, essai critique inachevé ébauché en 1920, le futur auteur du Diable au corps donnait précisément le passage du poème au roman comme un moyen de soumettre son talent à l’épreuve du français banal, au lieu de le masquer sous les bizarreries de « l’écriture maudite ». Écrire un roman (Le Grand Écart), une nouvelle (Thomas l’imposteur), c’est donc, dans l’esprit des deux amis, tourner le dos au dadaïsme et au surréalisme pour chercher le contact avec le grand public par la simplicité (apparente au moins) d’un style lisible. « Voici quelques simples, remèdes de bonne femme contre le modernisme », écrit Cocteau dans « Autour de Thomas l’imposteur » (1923), en parlant de ses deux fictions.
Mais l’imitation, discipline de banalité utile aux vrais artistes, est aussi celle des chefs-d’œuvre : pendant que Radiguet, en écrivant Le Bal du comte d’Orgel, « met son chevalet » devant La Princesse de Clèves, Cocteau met ici le sien devant La Chartreuse de Parme. Les deux œuvres diffèrent profondément en surface, mais les points de rencontres sont là : une guerre vue comme au spectacle, « de derrière un portant du décor » (lettre de Cocteau à sa mère, 24 octobre 1922) ; un triangle sentimental (comte Mosca, comtesse Pietranera, Fabrice del Dongo ; Pesquel-Duport, princesse de Bormes, Thomas) ; des « âmes sensibles », capables de noblesse et de détachement dans les pires circonstances (Bormes, Thomas, les fusiliers marins) ; un récit vif et rapide, conduit par un narrateur plein d’esprit.

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