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Livres / Essais et journaux

Maalesh

Machine à paroles ?

Coupures de presse relatant les brillantes improvisations de Cocteau au cinéma Atlas le 2 mai, à l’université d’Istanbul le 7 mai. Séance de signature à la librairie Hachette le 4 mai (« 5 heures. Librairie Hachette. Je signe cinq cents livres. »)

« De 4 à 5, promenade au Bazar, véritable marché aux puces dans des caves traversées de rayons de soleil aussi insolites que des anges. […] Même les marchands de prunes vertes, pas plus grosses que des olives, nous reconnaissent au passage. Kokto ! Kokto !… Ce doivent être les journaux turcs que nous ne savons pas lire, qui les renseignent.
J’arrive au cinéma Atlas à 5h30 dans la voiture de Camille Bergeaud, le conseiller culturel de l’Ambassade qui nous guide avec une patience que rien ne décourage.
Ici commencent les affres qui précèdent mes contacts avec le public. J’entends derrière le rideau la rumeur presque marine de mille huit cents personnes en train de s’agglomérer, de former l’élément qui me donne le mal de mer. Je n’ai rien préparé, à mon habitude et je me jette à l’eau. Peu à peu l’eau cesse d’être froide, mais le premier choc est dur. Les trois coups. Les projecteurs. Le rideau. J’entre. Qu’est-ce que je vais dire ? Cette fois les choses s’arrangent. Le public a du talent. Ses ondes me portent. Je me lance. » (2 mai.)

*

« Ce matin, j’ai parlé à l’Université. Huit cents élèves dans un amphithéâtre semblable à celui où j’ai parlé jadis au Collège de France. Je m’efforce de ne pas devenir une machine à paroles. Chaque fois je m’applique à parler d’autre chose, à ne pas prendre le même départ, puisque c’est après le départ que j’enchaîne et que je trouve.
J’ai parlé de La Machine infernale et du mythe d’Œdipe. Œdipe ne commence à voir clair que quand il est aveugle. Cela me mène à mettre la jeune Turquie en garde contre les nations qui voient trop clair et qui, faute de ténèbres, se déshumanisent.
Ruée d’élèves et signatures. » (7 mai.)

*

« J’ai parlé de 6 à 8 pour les membres de la Société Philharmonique. Je me suis laissé aller, emporté par mes souvenirs d’enfance et de jeunesse. Debussy, Satie, Stravinsky, Auric, Poulenc, Honegger, Darius Milhaud et les poètes : Apollinaire, Max Jacob, Reverdy, Cendrars. Je ne voyais plus le public. Il me semblait me raconter à moi-même cette époque étonnante qu’ils ne soupçonnent pas à Istambul [sic]. De fil en aiguille je retrouvais des anecdotes, des scènes entières entre Satie et Debussy que je faisais revivre sans m’en rendre compte parce qu’il m’était impossible de raconter ces hommes sans imiter leur dégaine. Au centre du public qui m’entourait, au lieu d’être en face de moi, je tournais, je m’hypnotisais, je tâchais comme dans une séance de spiritisme de faire apparaître les morts. » (7 mai.)

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