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L'auteur et son œuvre / Vie de l'œuvre

Préfaces

Prête-noms

Notice biographique en tête du Secret professionnel dans l’édition originale (Stock, 1922). « Jean Cocteau ou l’exactitude », Radio National, n° 123, 26 septembre – 2 octobre 1943.

Si toutes les préfaces de Cocteau à ses propres œuvres sont bien de lui (il a très rarement eu recours à des « nègres » pour d’autres textes), de même que, selon l’usage, la plupart des prières d’insérer ou quatrièmes de couverture anonymes de ses livres (il semble être aussi derrière les initiales « F.G. » du prière d’insérer du Potomak dans l’édition de 1924), il lui est aussi arrivé d’utiliser la signature d’un ami ou d’un pseudonyme pour « préfacer » certaines de ses œuvres.

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C’est le cas pour la notice biographique placée en tête du Secret professionnel dans l’édition originale (Stock, 1922). Cet essai a d’abord fait l’objet d’une lecture d’extraits devant un cercle littéraire d’étudiants suisses, la Société de Belles-Lettres, les 8 et 9 décembre 1921 à Lausanne puis Genève. Élie Gagnebin, ami de Ramuz, Ansermet, Stravinski, Markevitch, très actif dans le milieu culturel romand, conférencier réputé, critique musical, est un des organisateurs de cette petite tournée de conférences. Il en donne un compte rendu de bout en bout approbateur dans la Revue de Belles-Lettres en février 1922, qui a sans doute encouragé Cocteau à lui demander le service de signer cette notice… sans cependant lui dévoiler qui en est l’auteur : « La notice fait en collab. Auric-Radiguet-Larousse ne vous gênera en rien, je pense — ne vendez pas la mèche » (Lettre à Élie Gagnebin, 30 mai 1922).

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En 1943, « François Gravier » semble être un pseudonyme utilisé par Cocteau pour signer un texte lu avant une diffusion de La Machine infernale, sur les ondes de la Radiodiffusion nationale (mardi 28 septembre 1943, 19h50-21h15). Le pseudonyme (si c’en est bien un) suggère l’identité bien française du poète du « rappel à l’ordre » classique, malgré les dénis et persécutions de ses contemporains (« Je meurs, France ! Approche que je te parle, approche encore. Je meurs de toi », disait en 1927 La Mort du poète à la fin du recueil Opéra). Il suggère aussi la « gravité » d’une œuvre si souvent accusée de légèreté (avec un écho au mot de Gide dans son Journal, publié en 1939, jugeant Cocteau « incapable de gravité »).
Pas un soupçon de critique dans cet article, dont le style vif et nerveux ressemble fort à celui de Cocteau et dont le titre épingle ce qui est pour lui la qualité majeure du poète en général, même dans ses entreprises les plus « grand public » : « Le poète est exact. La poésie est exactitude. Depuis Baudelaire, le public a, peu à peu, compris que la poésie était un des moyens les plus insolents de dire la vérité » (Portraits-Souvenir, 1935).
Le portrait explique la « parisianité » du poète, fait l’éloge de sa conversation, qui n’a « rien de commun avec ce “numéro” étourdissant et accablant de son amie Anna de Noailles », de sa curiosité de « nouveaux mondes » qui explique son désir de « tourner le dos » à chaque fois « à ce qu’il vient d’écrire ». Il récuse l’accusation de snobisme, explique les grandes étapes de son œuvre et le titre de la pièce radiodiffusée, « placé là pour ranimer le classicisme mort ». Il s’agit toujours et encore, dans La Machine infernale, de montrer l’Antiquité « dans sa fraîcheur, dans son exactitude », selon ce grand principe du « nettoyage des lieux communs » qui fait « la grandeur de Jean Cocteau ».
Le poète a mis l’article dans son Journal 1942-1945, à la date du 8 septembre 1943, avec ce commentaire : « Gravier m’apporte le texte qu’on doit lire avant la séance radiophonique de La Machine infernale. Ce texte est remarquable. »

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